Société de merde,mais société
Par Pierre Bénichou, directeur délégué de la rédaction du Nouvel Observateur
LA chose qui m’est apparue d’abord, c'est qu'on a tous été frappés par ce côté un petit peu voyeur, ce côté accrocheur, toutes les choses qui sont désagréables dans cette histoire et en plus de ça on a été frappé aussi par le peu d’intérêt pour ces garçons et ces filles qui ont été concentrés dans cet endroit, et puis on avait plutôt envie de crier un peu « au scandale ».De toute façon si cela existe, il faut ce demander pourquoi cela existe et vous savez dans notre métier de journaliste , on a une attitude noble qui est celle d’essayer de servir de guide, et puis il y à une autre attitude qui est le fait qu’un phénomène prend une telle ampleur qu’on est bien obligé de suivre, non pas parce que cela plaît au public quand on leur en parle, mais parce qu’il faut bien se poser la question, pourquoi est-ce que tant de millions de personnes regardent tout les jours cette histoire, cette histoire qui est assez sinistre en fait, de malheureux petits qui veulent être célèbres parce qu’ils s’emmerdent dans la vie, quelle société nous leur avons fait, pour que ces gens pris, non pas au hasard puisque c’est vrai qu’il y a eu des contraintes de casting comme ils disent, chose qui ne se sont pas très bien passées c’est clair comme une eau, mais enfin qu’est ce que vous voulez faire, ça existe, c’est comme ça, sa fascine les gens. Pourquoi est ce que ça fascine les gens ?
Ca fascine les gens pour des tas de raisons qu’on peut analyser, est ce que les gens sont aussi cons que les autres . Non, je ne crois pas, les gens ne sont jamais cons. Est ce que ça fascine les gens parce qu’il va y avoir du cul ? Oui, mais il y a tellement peu de cul là dedans ! Est ce que ça fascine les gens parce qu’ils voudraient tous être là dedans ?
Moi je crois qu’il y à un énorme phénomène de compassion, c’est la conclusion à laquelle je suis arrivé. Il y à une compassion pour cette jeunesse, idiote, et les gens les regardent non pas comme des animaux de foire, mais comme ces personnages que nous avons créé et qui sont cela et qui ne sont que cela, et les gens les regardent comme ca. Pour les gens plus âgés, des gens comme moi, pour ces gens plus âgés en tout cas que ceux qui sont dans le Loft, et pour les enfants, il y a un phénomène d’envie. Si vous voulez, les enfants se disent « Mon dieu qu’est ce que cela doit être bien de ne pas vivre avec papa maman, d’être là, plus ou moins libre – puisque les gosses doivent croire que c’est de la liberté dans cette histoire là – ils font ce qu’ils veulent, ils ont de grands dortoirs, vachement bien, des meubles modernes, ils bouffent ce qu’ils veulent et il y à une piscine en plein hiver à Paris, enfin en plein hiver en plein printemps pourri, ils sont là, ils ont chaud, ils sont en tee-shirt, il y à des meufs, y à des mecs » y a tout ce que l’on veux .
Bon alors ceux la se disent, « quand j’aurais 20 ans qu’est ce que se serait bien de vivre comme ca moi qui en est 12 », et ceux qui en ont 30, à partir de 30 ans, ils disent « mon dieu qu’est ce que c’est que ça,. Qu’est ce que l’on à fait pour que la jeunesse ce soit ça ! ». Et là, il y a de l’envie et de la compassion, c’est à dire deux sentiments absolument contradictoires qui se mêlent et qui font cette audience de sept millions de personnes, et quand un phénomène a cette audience là, ne croyez pas que les journaux c’est pour vendre, ce n’est pas tellement vendre contrairement à ce que l’on croit, parce que c’est un phénomène, excusez le cliché, un phénomène de société, société de merde, mais de société. P.B.



